Ousmane Sow

 

Un chant de lutte et de victoire de Emmanuel Daydé

Comme s'il fallait que tout y passe, que tout y macère à la façon d'un yassa ou d'un maffé : le réalisme magique des têtes d'Ifé du Nigeria, l'énergie morbide des crânes surmodelés, la spiritualité charnelle de Michel-Ange, l'érotisme mâle de Rodin, l'héroïsme guerrier de Bourdelle, l'hygiène sportive de Leni Riefenstahl, la fantaisie plastique de Wallace et Gromit, que sais-je encore ? Face à la stupeur que provoque la sculpture d'Ousmane Sow, face à cet écrasement qui étreint le regard du spectateur surpris et apeuré, c'est pêle-mêle que l'on dévide l'écheveau confus de connaissances soudainement mises en déroute.L'art d'Ousmane Sow contient certes toutes ces fureurs et toutes ces beautés. Aucune d'elles ne le résume. Comme tout art majeur lorsqu'il fait son apparition, le monde à la fois titanesque et tendre d'Ousmane Sow est un piège à lieux communs, une chausse-trappe à banalités et à tout cortège de déjà-vu, de déjà-dit, de correctement pensé.Les bons géants du démiurge sénégalais avancent en tirailleurs d'une autre guerre, celle de la beauté retrouvée dans sa violence et sa nécessité première, à l'aube du troisième millénaire. Comme le Gulliver de Swift, qui se retrouve subitement lilliputien au royaume des géants de Brobdingnag, notre sculpture contemporaine occidentale, si souvent pleine de morgue et de condescendance envers les barbares qui s'agitent à ses frontières, avoue brutalement ses insuffisances et ses faiblesses. Les guerriers d'éternité au regard triste de Sow l'Africain nous obligent à repenser notre appréhension du continent noir, des affres et des désastres de l'art contemporain, des sourdes défiances du modelé, et toutes les soi-disant coupables virtuosités de la main. Avec l'irruption de ses Nouba au milieu des années 80, d'un coup, Ousmane Sow replace l'âme au corps de la sculpture, et l'Afrique au cœur de l'Europe.......

Source : www.ousmanesow.com







Les guerriers d'éternité au regard triste de Sow l'Africain nous obligent à repenser notre appréhension du continent noir...


Daniel Bovéro
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